Pas tant que ça...
Les incendies en France ont désormais brûlé plus de 91'000 hectares, de loin le plus grand nombre d’une année depuis le début des enregistrements satellites en 2006 alors que nous sommes seulement à la moitié de l’été !
La superficie brûlée actuelle est environ 34 fois plus grande à cette date qu’en moyenne historique.
En Espagne, les incendies sont actuellement les deuxièmes plus élevés pour cette période de l’année, avec 8 fois la surface brûlée en une année moyenne, mais ils restent en cours pour battre le record de surface brûlée annuelle établi l’an dernier (2025).
Le Président Macron a visité la Gironde hier et s'est présenté ensuite devant les médias. Il a alors qualifié l'été 2026 d'atypique, ce qui veut dire que cet été "sort de la norme". Il a aussi dit qu'un tel feu était "inédit".
Derrière l'exercice de style qui doit bien entendu respecter un certain nombre de codes (expliquer, rassurer, montrer le côté exceptionnel de la situation, mettre en avant les moyens déployés et témoigner du soutien de la nation), ces propos appellent quand même certaines remarques.
Si ce type de méga feu convectif est une première en France, ce n'est, de loin, pas la première fois que ce phénomène survient en Europe.
Le feu de Pedrogao Grande au Portugal en 2017 fut le premier feu de ce type répertorié (53.000 ha brûlés, 66 morts). En Espagne, les feux de la Sierra de la Culebra (30.000 ha) et du Vall d'Ebo (13.000 ha) en 2022 étaient du même type. En Grèce, le feu de Mati en 2018 a marqué les esprits par son très lourd bilan humain (103 morts), et le feu d'Evros-Alexandroupoli en 2023 est jusqu'alors le plus grand feu jamais observé en Europe (96.000 ha).
Si ce type de feu est inédit en France, il ne l’est donc pas en Europe et il était plus que prévisible que ces phénomènes arrivent de plus en plus vers le nord avec le réchauffement climatique.
Enfin qualifier l'été 2026 d'atypique, c'est avoir une vision tournée vers le passé, alors que le réchauffement climatique commande au contraire d’actualiser chaque année les risques et d’être tourné vers l’avenir. Car , si l’été 2026 est beaucoup plus chaud que la normale 1990-2020 (pour l’instant juin 2026 est +3.8°C, record absolu), l‘écart n’est pas si important que ca : la dérive climatique française en explique presque la moitié et rapproche l’été 2026 de l’été 2005 ou 2017.
Le président ne peut pas à nouveau nous dire son "qui aurait pu prédire?".
Pour information, en 2050, pour une année moyenne :
- Les vagues de chaleur seront 5 fois plus fréquentes
- Le risque d’incendies sera multiplié par 2 en nombre de jours à risque élevé et par 4 en surface brûlée
- Les sécheresses des sols seront plus longues et intenses
On peut comprendre que le politique soit pris entre deux feux (excusez ce mauvais jeu de mots), à savoir gérer les urgences court terme qui se succèdent et anticiper les menaces long terme. Mais on peut toutefois se demander pourquoi les politiques ont tant de mal à écouter les scientifiques et à intégrer leurs alertes dans l'action politique. En ignorant ou négligeant les messages scientifiques, les politiques voient ces menaces long terme se muer soudainement en priorité court terme, voire immédiate, avec un manque total de préparation.
La communauté scientifique des sciences du climat nous dit que ce type de méga feux convectifs ont aujourd'hui 1000 fois plus de risque de se produire à cause du dérèglement climatique. Sortons donc collectivement du déni qui nous habite et préparons sérieusement nos territoires et nos populations au climat des décennies à venir.
Et surtout, essayons de choisir des représentants politiques qui prennent en considération ces défis à venir.