jeudi 30 août 2018

« Gouverner, c’est choisir » : dix ONG demandent à Emmanuel Macron de « changer de cap »

« Sa volonté de ménager la chèvre écologique et le chou productiviste n’a pas contribué à créer la condition d’une politique écologique cohérente ».



Dix ONG écologistes interpellent le président Emmanuel Macron sur la question de la transition écologique et lui demandent de « changer de cap » après la démission de Nicolas Hulot, dans une tribune publiée jeudi 30 août sur France Info.

La démission de Nicolas Hulot mardi « est une invitation à changer de cap tout en osant rompre avec la facilité des trente glorieuses et “cinquante” gaspilleuses » et « invite à un sursaut », écrivent ces ONG.

Emmanuel Macron « aurait tort de mésestimer le symbole que représente cette démission surprise » qui est « le symptôme d’une immense incompréhension », conseillent-elles en observant que « la transition écologique n’est ni une promenade de santé ni un supplément d’âme pour politiciens sans imagination ».

L’impossible « en même temps » du président

« Face aux conservatismes qui s’expriment à tous les niveaux de l’Etat, la démission de Nicolas Hulot appelle un sursaut » et « nul doute (...) qu’Emmanuel Macron devra faire sien l’aphorisme de Pierre Mendès-France “gouverner c’est choisir” », insistent les signataires.

« Face aux menaces climatiques, militaires et l’effondrement des écosystèmes, l’action n’est plus une option mais une nécessité, une urgence, une éthique », pressent ces ONG.

Selon elles, « la volonté d’Emmanuel Macron de ménager la chèvre écologique et le chou productiviste n’a pas contribué à créer la condition d’une politique écologique lisible et cohérente »

« En matière écologique, nous ne pouvons plus soutenir l’agriculture biologique et “en même temps” le glyphosate, la sobriété énergétique et “en même temps” le nucléaire, une redynamisation des centres-villes et “en même temps” (le mégacomplexe) Europacity et l’artificialisation des terres agricoles, la nécessaire préservation de la biodiversité et “en même temps” la baisse du prix du permis de chasse, la mise en œuvre de la COP21 et “en même temps” la multiplication des projets autoroutiers, les fermes-usines et “en même temps” une agriculture paysanne, le libéralisme et “en même temps” l’écologie ».

Ces ONG sont : la Fondation pour la nature et l’homme, Agir pour l’environnement, France nature environnement, Générations futures, les Amis de la Terre, Réseau sortir du nucléaire, Action des citoyens pour le désarmement nucléaire, Association pour la protection des animaux sauvages, Virage énergies et Société nationale de protection de la nature.

mercredi 29 août 2018

HULOT, J+1 : LA COURSE CONTINUE

Daniel Schneidermann

La démission de Hulot ? "Un moment de grâce" s'extasie un Demorand en épectase, et manifestement pas encore retombé sur terre, devant la caméra de France Inter. Si ce fut un "moment de grâce" pour les deux intervieweurs -tant mieux pour eux, on a si peu d'occasion d'être transportés- ce fut, pour tous les autres, un grand discours politique, structuré, charpenté, émaillé d'exemples accablants de la joyeuse course à l'extinction de l'espèce. Il faut l'écouter de bout en bout, ce discours, pour mesurer l'inanité de la psychiatrisation immédiate (voir notre montage) dont les bavards des chaînes d'info ont habillé la démission de Hulot. Enfilez-lui sa camisole, et donnez-lui sa tisane, au démissionnaire, et qu'on passe à autre chose. La part faite de l'inconséquence des éloges personnels prodigués à Macron et Philippe (syndrôme de Stockholm ?), ce discours restera, comme celui de Chirac en 2002, dont il était l'auteur.

Et au-delà du discours ? Pas d'espoirs inconsidérés, la course continue. Dès le lendemain, sur la même station, la présentatrice du journal de 7 heures résume la difficile rentrée qui attend Macron, avec "l'affaire Benalla et la croissance en berne". En berne. Que ralentisse tant soit peu la course folle à la croissance, et la machine pavlovienne considère que c'est une mauvaise nouvelle. N'en voulons pas à cette présentatrice. Elle a certainement été émue par "l'état de grâce" de la veille. Elle a peut-être essuyé une larme elle-même. Sa "croissance en berne", ce sont ces petits clichés politico-médiatiques de rien du tout, cette petite musique, qui s'incrustent dans les esprits, et les modèlent plus durablement que les grands coups de cymbales.


A propos, savez-vous ce qui s'est dit, à la fameuse réunion élyséenne sur la chasse ? Outre la division par deux du coût du permis de chasse, on y a causé, selon Libé, chasses traditionnelles. Dans les chasses traditionnelles, figurent (je l'apprends en même temps que vous) la chasse à la lecque, et la chasse à la glu. La chasse à la lecque est une manière de piéger une grive au moyen d'une pierre surélevée par quatre baguettes de bois. La grive meurt écrasée par la pierre. Quant à la chasse à la glu, je vous laisse en découvrir les beautés et l'impeccable déontologie dans ce reportage de La Provence, de Giesbert-Tapie. Hulot, soit dit en passant, ne s'y était nullement opposé, puisque c'est son ministère qui a lancé une "consultation", en plein été, afin d'autoriser ces deux chasses traditionnelles, parmi d'autres. C'est donc à la chasse à la lecque, et à la chasse à la glu, que Macron et Hulot ont consacré deux heures de leur précieux temps, à la fin du second été le plus chaud en France, après celui de 2003. Bienvenue dans le nouveau monde.

Comment les riches détruisent le monde


Et si la dégradation de l’environnement était intimement liée à la crise sociale dans le monde ? En effet, ceux qui détiennent les leviers politiques et financiers sont aussi les promoteurs d’un modèle de consommation à outrance, dévastateur pour la planète... mais imité par les couches moyennes. Que ceux du haut de l’échelle misent sur la décroissance, et l’effet d’entraînement est assuré... La préservation de la terre passe par plus d’égalité.

A lire dans Le Monde Diplomatique.


-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L’Internationale des riches




En dix ans, le nombre de milliardaires (en dollars) a été multiplié par cinq sur la planète. Les riches ne sont certes pas encore aussi nombreux que les pauvres, mais comme le monde tourne plus que jamais autour d’eux, une exploration en profondeur de l’« Internationale des riches » valait bien le détour.

La maison brûle et nous regardons Hulot


Nicolas Hulot a tenté d’infléchir la chute sans fin dans laquelle l’homme s’est engagé. Il a perdu, il part. Restent l’imbécillité morbide des climatosceptiques et les idées faisandées des apôtres de la fausse modernité.


-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Démission de Nicolas Hulot : pour Cyril Dion, “Il faut qu’on arrête d’être des enfants”



“Ne plus se mentir”, a lâché Nicolas Hulot en démissionnant de son poste de ministre de la Transition écologique. Le paysage politique se divise donc désormais entre ceux qui souhaiteront mettre l’écologie au centre de leur projet et ceux qui continueront de faire l’autruche. Cyril Dion, le réalisateur de “Demain”, réagit à cette annonce.

A lire dans Télérama.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Démission de Nicolas Hulot : une icône de l’écologie impuissante à imposer un nouveau modèle



Le ministre de la transition écologique a démissionné du gouvernement avec un bilan décevant sur beaucoup des grands dossiers environnementaux et climatiques.

A lire dans Le Monde.

dimanche 26 août 2018

Faire soi-même ses produits ménagers, pour éviter le pire..

Nous voulons des maisons propres et donc des maisons sans poussière, sans bactéries, sans microbes, sans odeur... Et il y a tout ce qu’il faut pour cela ! Désodorisant, anti-bactérien, anti-saleté etc... Mais voilà, derrière ces promesses, il n’y aurait pas que des lendemains qui chantent…


Un problème...

L’industrie des produits ménagers bat son plein avec des gammes à l’infini de solutions toujours plus puissantes et des promesses qui en disent long…”tout en un”, “puissance javel”, “100% détartrant”, “surpuissant”, “express”, “force 5”... La liste est (très) longue !

Produits gadgets, au mieux, dangereux pour la santé et l’environnement... Souvent, onéreux à coup sûr, en comparaison avec des solutions plus naturelles, plus simples et peut-être même plus efficaces. 

La batterie de reproches faite à ces produits qui remplissent nos placards est au moins aussi longue que la liste des ingrédients aux noms barbares qui ornent les flacons et autres vaporisateurs. C’est flou et à coup sûr il y a des loups... Et si, en réalité, on se compliquait la vie alors que les recettes d’hier sont encore valables aujourd’hui ?

Régine Quéva est l'auteure du livre Fabriquer sa lessive, ses produits d'entretien, son dentifrice... paru aux éditions Larousse.

Pierrick Hodé est allergologue, également auteur du Livre noir des allergies paru aux éditions de l'Archipel.

Ensemble ils s'interrogent sur nos habitudes de consommation de produits d'entretien et passent un coup de savon à nos idées reçues !

... et des solutions !

Certains ont même aperçu les opportunités qu'offrent l'émergence de cette nouvelle tendance qu'est le Do It Yourself. Nicolas Palangié est le fondateur de la Compagnie du bicarbonate. Cette boutique en ligne propose à la vente tous les composants dont vous aurez besoin pour fabriquer vos propres produits. Il a aussi écrit le livre Bicarbonate, un concentré d'astuces.

Séverine Bascot est journaliste pour ConsoGlobe. Elle a listé plusieurs initiatives, dont YuKan, première plateforme européenne qui devrait permettre d'évaluer les performances environnementales des différents produits proposés à la vente.


lundi 13 août 2018

Regardez “Le Roundup face à ses juges”, le docu choc de Marie-Monique Robin en replay

Marie-Monique Robin se penche à nouveau sur la multinationale et ce glyphosate censé être “plus inoffensif que le sel de table”… mais jugé génotoxique et cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Un documentaire visible sur Arte.tv et rediffusé sur Arte mardi 14 juillet, suite à la condamnation de Monsanto à payer 290 millions de dollars à un jardinier californien atteint d’un cancer.


C’est une histoire de mort, de manipulations scientifiques et de milliards d’euros. Son acteur principal est un herbicide dénommé glyphosate, « star » indétrônée au royaume de l’agro-industrie avec plus de 800 000 tonnes vendues à travers la planète. Monsanto, qui l’a mis au point, en a fait son produit phare sous le nom de Roundup et le pilier de son modèle économique, couplé à ses semences transgéniques dites « Roundup ready », autrement dit résistantes au Roundup. Neuf ans après Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin se penche à nouveau sur la multinationale et ce glyphosate censé être « plus inoffensif que le sel de table »… mais jugé génotoxique et cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

De l’Argentine aux Etats-Unis, du Sri Lanka à la France, la réalisatrice donne la parole aux scientifiques et aux victimes de cet « outil d’écocide » aux effets dévastateurs — perturbateur endocrinien, antibiotique puissant, chélateur de métaux. Certains sont venus témoigner lors du Tribunal Monsanto, qui s’est tenu à La Haye en octobre 2016, où juges et victimes ont instruit le procès du Roundup. Ce procès symbole forme l’ossature d’une enquête à la fois implacable et bouleversante. Il en constitue aussi le message le plus ­essentiel : face à l’impuissance des Etats, la société civile est en train d’écrire une nouvelle histoire, pour répondre aux agressions dont elle fait l’objet. Un film indispensable à l’heure où l’Europe s’apprête à statuer sur la reconduction de l’autorisation du glyphosate…

samedi 11 août 2018

TRIBUNE Quand le sage montre le climat, l’économiste regarde l’inflation

Libération - Par Jean-Joseph Boillot, Conseiller économique au club du CEPII — 8 août 2018

Alors qu’apporter une réponse économique à la crise climatique relève désormais de l’urgence absolue, les spécialistes persistent à se focaliser sur des indicateurs à la pertinence illusoire. Et les dirigeants se murent dans un "silence caniculaire".


«On entend l’arbre qui tombe mais pas la forêt qui pousse.» Ce proverbe africain bien connu peut être rangé au musée. Désormais, la forêt tombe sous l’effet du changement climatique et ce sont les économistes qu’on n’entend pas. Alors que les climatologues retiennent de plus en plus sérieusement le troisième scénario mis sous le tapis de l’accord de Paris d’une augmentation de 3 à 4 °C de la température de la planète d’ici à 2025-2030, les économistes se sont plutôt passionnés en juin pour la montée à 2 % de l’inflation en Europe, ou pour le demi-point de croissance mondiale que pourrait coûter la guerre commerciale déclenchée par Trump. Puis ils sont partis en vacances comme le Président et son gouvernement dont le seul devoir d’été est de préparer les «grandes» réformes de la rentrée dont le plan pauvreté et la Constitution.

Comme si la grande tâche de l’heure n’était pas le bouleversement climatique en cours et de se lancer dans des réformes fondamentales. Par exemple, pour inverser nos émissions de gaz à effet de serre (GES) qui continuent d’augmenter ; ou encore pour reculer drastiquement le fameux «jour du dépassement» tristement fêté le 1er août pour la planète, mais bien silencieusement en France le 5 mai, jour d’épuisement de notre biocapacité annuelle.

On entend les climatologues qui poussent (des cris d’urgence), mais les économistes continuent de tomber dans leur discrédit, qui se mesure par exemple au millimètre linéaire de leur rayon dans les librairies. Et ce n’est pas surprenant. L’inflation, par exemple ? Tant mieux, en réalité, si les prix montent. Les Français ne sont pas des imbéciles. Ils répondent comme tout le monde à des incitations comme les prix ou à des réglementations. Ce qui est vrai pour le tabac est tout aussi vrai pour les émissions de CO2. De même pour l’alimentation aux prix maintenus artificiellement très bas, comme pour la viande ou le lait, grâce à des méthodes de production de plus en plus intensives fondées sur une agrochimie destructrice rendue possible grâce à un système de puissants lobbys.

Ce dernier n’hésite pas à jouer du chantage sur la faim dans le monde pour exporter les trois quarts de la production française alors que cela tue les agricultures des pays en développement. En particulier en Afrique, où l’exode rural s’accélère, premier facteur de migration bien avant les guerres. Ce qui nous ramène au commerce international, dont le libre-échange le plus intégral serait censé apporter des gains de pouvoir d’achat alors que c’est un vaste système de dumping environnemental et social où les prix ne reflètent surtout pas la rareté des ressources de la planète. Tout particulièrement parce que les lobbys du transport maritime et aérien ont discrètement réussi à sortir de l’accord de Paris et ne supportent aucune contrainte sur leurs énormes émissions de CO2 ou leur pollution bien connue, qui n’ont rien à envier à la Chine en bilan total.

A de rares exceptions près, les économistes des pays riches sont toujours obsédés par le paradigme du progrès linéaire et quantitatif. Leur véritable traumatisme ces derniers mois a été le débat lancé par l’ancien secrétaire d’Etat au Trésor américain Lawrence Summers sur la stagnation séculaire de la productivité et donc de la croissance, près d’un million d’occurrences sur la Toile. Or, de l’avis de tous les climatologues, seule une division par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre permettrait au mieux d’éviter la catastrophe. Et ne nous faisons pas d’illusions. Son impact sur le vaudou du taux de croissance ne peut être que négatif en effet. Le concept de décroissance - pourtant dû à un grand économiste mathématicien, Nicholas Georgescu-Roegen - n’a toujours pas droit de cité dans les manuels d’économie, et très rares sont les travaux de recherche entrepris pour en comprendre les mécanismes et la mise en œuvre.

La quatrième révolution industrielle en cours n’est vue par les économistes standards qu’au travers des points de croissance supplémentaires qu’elle pourrait apporter pour compenser le risque de stagnation séculaire. Elle devrait être, au contraire, un formidable atout pour gérer la décroissance d’une façon intelligente, et notamment inclusive sur le plan social tant l’explosion des inégalités ces dernières années a un lien étroit avec celle des risques sur la planète. C’est ce que vient de montrer une étude passionnante sur le tourisme de masse à l’échelle mondiale qui ne fait que reproduire le mode de vie des élites. Les inégalités de prélèvement des ressources de la planète sont aujourd’hui de l’ordre de ce qu’elles étaient sous l’Ancien Régime.

Et ici, les économistes savent bien que le seul système d’incitation par les prix pèche en termes d’équité et qu’il n’est d’ailleurs pas toujours le plus efficace en présence de déficiences de marché. Il leur faut donc imaginer des systèmes de taxation, de quotas, de réglementation et surtout de réformes de structures qui permettraient d’atteindre le Facteur 4 d’ici à 2030, c’est-à-dire demain.

Ce qui compte in fine n’est pas le PIB ou le revenu national brut, mais bien le revenu net, notamment de tous les dégâts du soi-disant «progrès», surtout ceux à venir qui constituent une dette vis-à-vis de nos enfants. C’est une révolution conceptuelle pour les économistes. Ils ont commencé leur mutation avec ce fameux rapport commandé à l’ère Sarkozy sous la direction des Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen (Richesse des nations et bien-être des individus, Odile Jacob, 2010). Mais ils n’ont toujours pas concrètement franchi le Rubicon dans leurs conseils aux dirigeants. D’où leur silence caniculaire cet été.

Or, les prédictions d’un autre scientifique (Safa Motesharrei) publiées dans un papier remarqué de 2014 (1) mentionnent la probabilité très sérieuse d’un effondrement de notre civilisation lié aux inégalités et à la surexploitation des ressources. Elles rejoignent celles des climatologues et des scientifiques de la nature qui envisagent de plus en plus sérieusement une rupture systémique brutale des grands équilibres de la planète et le scénario graduel très diplomatique de l’accord de Paris. Les économistes connaissent pourtant ce type de phénomène. C’est celui des hyperinflations comme dans l’Allemagne des années 30 ou au Venezuela aujourd’hui. C’est celui des crises financières. Ils savent que pour les arrêter, il faut une réaction radicale des autorités monétaires. Cette fois, la réaction doit être aussi radicale mais dans tous les domaines de la relation entre les ressources de la planète et nos systèmes de production et de consommation. La France a besoin de bien autre chose qu’un plan canicule et les économistes doivent se mobiliser pour en dessiner les contours. Voilà une vraie grande réforme pour la rentrée.

(1) Safa Motesharrei, Jorge Rivas, Eugenia Kalnay : «Methodological and Ideological Options Human and nature dynamics (Handy) : Modeling inequality and use ofresources in the collapse or sustainability of societies», Ecological Economics 101 (2014), pp. 90-102.

Jean-Joseph Boillot est l'auteur de « Chindiafrique, la Chine, l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain », Odile Jacob 2014

Procès du glyphosate : Monsanto condamné à verser 289 millions de dollars à un jardinier


La plainte de Dewayne Johnson, malade d’un cancer, était la première examinée par la justice américaine. Le géant de l’agrochimie annonce vouloir faire appel.


Le jury d’un tribunal de San Francisco a condamné, vendredi 10 août, le géant américain de l’agrochimie Monsanto à payer 289,2 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité du Roundup, son herbicide à base de glyphosate, à l’origine du cancer d’un jardinier américain. Les jurés ont déterminé que Monsanto avait agi avec « malveillance » et que son herbicide, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient « considérablement » contribué à la maladie du plaignant, Dewayne Johnson.

« Le jury a eu tort », a déclaré le vice-président de Monsanto, Scott Partridge, à des journalistes devant le tribunal. Monsanto a immédiatement réagi dans un communiqué, annonçant qu’il avait l’intention de faire appel, et réitéré l’idée que le glyphosate, principe actif du Roundup, ne cause pas le cancer et n’est pas responsable de la maladie du plaignant.

« Nous exprimons notre sympathie à M. Johnson et à sa famille. La décision d’aujourd’hui ne change pas le fait que 800 études scientifiques et les conclusions de l’agence américaine de la protection de l’environnement (EPA), des instituts nationaux pour la santé et des autres autorités de régulation à travers le monde soutiennent le fait que le glyphosate ne cause pas de cancer et n’a pas causé le cancer de M. Johnson », a dit le groupe dans un communiqué.

« Nous ferons appel de la décision et continuerons à défendre vigoureusement ce produit, qui bénéficie de 40 ans d’histoire d’une utilisation sans danger et qui continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers », a ajouté l’entreprise.

Plus de 5 000 procédures similaires aux Etats-Unis
Dewayne Johnson réclamait plus de 400 millions de dollars, estimant que ces produits avaient entraîné son cancer et que Monsanto avait sciemment caché leur dangerosité. Le géant américain a été condamné à 250 millions de dollars de dommages punitifs, assortis de 39,2 millions de dollars d’intérêts compensatoires.

La plainte déposée par cet homme de 46 ans était la première examinée par la justice américaine. Pendant plus d’un mois, les deux parties se sont affrontées à coups d’études scientifiques contradictoires.

Dewayne Johnson, qui a vaporisé ces produits entre 2012 et 2014 dans le cadre de son travail dans des écoles californiennes, a également longuement évoqué son cancer, un lymphome non hodgkinien incurable diagnostiqué en 2014, qui lui vaut de nombreuses lésions sur le corps. Ce père de deux enfants a indiqué avoir appelé, inquiet, deux fois Monsanto, sans jamais être recontacté.

Monsanto, dont le groupe allemand Bayer vient de boucler le rachat pour 62,5 milliards de dollars (54,7 milliards d’euros), est confronté à plus de 5 000 procédures similaires aux Etats-Unis.

jeudi 9 août 2018

Les centrales nucléaires peuvent-elles survivre au changement climatique ?


En raison de la canicule, EDF a arrêté un réacteur nucléaire le long du Rhône, et réduit la puissance de deux autres la semaine dernière.


La production d’électricité par des réacteurs nucléaires ne produit pas de dioxyde de carbone (CO2) et ne contribue pas au réchauffement climatique, ce qui explique que le nucléaire est souvent présenté par l’industrie comme un atout pour la France dans le domaine.

Cependant, les centrales sont elles-mêmes victimes du climat, les étés étant appelés à devenir de plus en plus chauds, avec des températures extrêmes. Jeudi 2 août, EDF a annoncé avoir arrêté un réacteur nucléaire et réduit la puissance de deux autres le long du Rhône afin de limiter l’impact sur la température de l’eau. Le lendemain, l’un des réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) était à son tour stoppé.

Cette eau, utilisée pour refroidir les réacteurs, n’est pas polluée, mais elle est rejetée à une température bien supérieure à celle de son prélèvement. Une situation qui concerne aussi des zones qui, jusqu’à présent, étaient protégées de ce type de phénomène climatique. Ainsi, fin juillet, la Finlande a dû ralentir la production d’un réacteur, qui rejetait dans la mer de l’eau à 32°C. Des centrales allemandes et suédoises ont également été contraintes de réduire leur production à cause de la vague de chaleur.

Privilégier une localisation en bord de mer

De fait, le parc nucléaire actuel a été conçu à une époque où la compréhension du changement climatique était bien moins développée. Or l’impact de températures élevées peut poser d’autres difficultés aux centrales. Si l’eau pompée dans un fleuve ou dans la mer est à une température trop élevée, elle ne joue plus de manière efficace son rôle de refroidissement. De même, si le cours d’un fleuve devient trop bas, la centrale ne peut plus prélever suffisamment d’eau, car elle risque d’assécher le fleuve en question. Un problème qui ne concerne pas la Loire ou le Rhône, mais qui peut toucher la Vienne, sur les bords de laquelle se trouve la centrale de Civaux.

Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, a estimé en juin, devant la commission d’enquête parlementaire sur le nucléaire, que « les risques liés au changement climatique global, notamment en cas de canicule et de sécheresse, [avaient] bien été envisagés ». « Les sites en bord de rivière identifiés comme les plus sensibles sont ceux de Civaux, Bugey, Saint-Alban, Cruas, Tricastin, Blayais, Golfech et Chooz », précisait-il toutefois.

La commission d’enquête a d’ailleurs expressément demandé à EDF d’apporter « la preuve que les réacteurs sont en mesure de résister à tout aléa climatique combinant plusieurs facteurs (canicule, sécheresse, etc.) et affectant plusieurs centrales simultanément ».

A l’avenir, les centrales ne pourront probablement plus être localisées près de cours d’eau dont le débit est trop faible et devront privilégier une localisation en bord de mer. C’est notamment le cas de l’EPR de Flamanville (Manche), le seul réacteur en construction en France, qui devrait être opérationnel en 2020.

lundi 6 août 2018

Tourisme de masse : il est urgent d'arrêter de bouger !


Trente-deux millions de touristes à Barcelone : vingt fois sa population. Bientôt deux milliards à l’échelle du monde. Les avions vrombissent, la planète suffoque. Il est temps de redonner du sens à l’immobilité.


Depuis une dizaine d’années, une bande d’Anglais s’adonne à un curieux rituel. Ses membres s’enchaînent et s’allongent sur les pistes des aéroports. La dernière fois qu’on les a repérés, c’était en mars 2017, sur la piste nord de l’aéroport londonien de Heathrow. Ils étaient treize, femmes et hommes, plutôt jeunes et activistes au sein d’une ONG écologiste et non violente, Plane Stupid, qui s’est donné pour mission de protester contre l’explosion du trafic aérien, contre les projets de création de nouvelles pistes, car en « construire davantage va à l’encontre de tout ce qui nous a été expliqué par les scientifiques et les experts du changement climatique », dit Ella Gilbert, l’une des manifestantes.

En mars 2017, British Airways a dû annuler sept vols. Les militants de Plane Stupid enchaînent les procès. Mais ils ne démordent pas de leur combat, ni de leur mode d’action, dans la plus pure tradition des stratégies de désobéissance civile déployées par Gandhi, Martin Luther King ou le mouvement Occupy. Ils s’assoient, s’allongent, occupent, bref, ils s’immobilisent… quand, autour d’eux, tout le monde ou presque a la bougeotte et ne rêve que d’une chose : décamper.

1,186 milliard de touristes en 2015… et 1,8 milliard en 2030 ?

Car nous (plus précisément, les Occidentaux ou les adeptes d’un mode de vie occidentalisé) ne tenons plus en place. La preuve en chiffres : dans les années 1950, le nombre de touristes internationaux ne dépassait pas 25 millions. Trente ans plus tard, on en décomptait 279 millions. Quand sonna l’an 2000, 674 millions. Et en 2015, 1,186 milliard — Allemands, Américains, Anglais, Français, Japonais et, de plus en plus, Russes et Chinois, tous adeptes du tourisme généralisé, épris d’une mobilité toujours plus rapide, plus sécurisée, avides d’un monde sans entrave et à coût réduit.

Et ce n’est pas fini. Malgré le terrorisme, les catastrophes naturelles, les crises économiques, le mouvement s’accélère : 1,8 milliard de touristes internationaux prévus d’ici 2030. Encore faudrait-il ajouter, pour compléter le tableau de ce que les chercheurs appellent « mobilité de loisir », les touristes dans leur propre pays… 3 à 4 milliards de personnes ! « 98 % des 750 millions de touristes en Inde sont des Indiens », expliquent les géographes Thomas Daum et Eudes Girard dans l’éclairant Du voyage rêvé au tourisme de masse. Idem en Afrique subsaharienne. « Les taux de croissance y sont de 5 à 7 % chaque année pour certains pays : une classe moyenne y apparaît, avide de découvertes et de voyages. »


Logiquement, le tourisme est devenu l’un des premiers secteurs économiques de ce début de XXIe siècle : près de 10 % du PIB mondial. Côté transports, les indicateurs affichent une croissance exponentielle, à commencer par l’avion, à l’origine du boom touristique des trente dernières années. Grâce ou à cause des « bonnes affaires » du low cost, ceux qui disposent d’assez de moyens pour être touristes, autrement dit les classes moyennes et supérieures, s’envolent et s’envoleront, de plus en plus souvent, de plus en plus loin, pour des durées plus courtes et, surtout, pour le plaisir (les voyageurs internationaux, dont plus de la moitié transitent par la voie des airs, ne sont que 15 % à se déplacer pour le travail). « C’est dans les airs que les projections de croissance du trafic pour les vingt prochaines années sont les plus importantes », observe l’ingénieur Laurent Castaignède, auteur d’Airvore ou la Face obscure des transports. Agence internationale de l’énergie, Association internationale du transport aérien, Organisation de l’aviation civile internationale, grands constructeurs (Airbus, Boeing ou le nouveau constructeur chinois Comac), tous prévoient une croissance annuelle comprise entre 4 et 5 %.

L’avion a fait de Papeete un autre Nice

Autant de chiffres, autant de preuves de l’avènement du tourisme de masse, loin, très loin, du tourisme des origines, né au XVIIIe siècle, voyage initiatique réservé à la seule aristocratie — c’était alors le moyen de devenir un « homme », en se confrontant aux risques, aux rencontres, aux divers chocs du monde… Loin aussi des promesses suscitées par les congés payés, en 1936, et de la « démocratisation » du voyage. « Certains pensaient que ce serait un formidable moyen d’éducation populaire et ce le fut, rappelle le sociologue Rodolphe Christin, auteur d’un cinglant Manuel de l’anti-tourisme. Des salariés partirent à la découverte du monde, associant voyages et vacances dans une quête qu’on aurait pu imaginer forte d’impacts philosophiques. » Sauf que la technologie s’en mêla. De nouveaux moyens permirent d’avaler les distances. Et le tourisme, sous-produit de la circulation des marchandises, devint consommation. Résultat ? L’avion a fait de Papeete un autre Nice, et nous sommes devenus « victimes de nos bottes de sept lieues », comme l’écrivait dès 1969 Bernard Charbonneau, l’un des pionniers de l’écologie politique. Aujourd’hui, « la libération initiale, devenue la norme, se fait oppressante, résume Rodolphe Christin. Elle martyrise nature et sociétés humaines, opprime l’esprit des voyages et transforme l’hospitalité des lieux en prestations, les habitants en prestataires, les paysages en décors. » Car profiter du monde ne revient-il pas à le consommer dans « un frénétique élan de mondophagie » ? Le parcours s’est banalisé et balisé, et le touriste, au passage, a viré vampire plus que bienfaiteur de la diversité. Partir, désormais, déplore le sociologue, ce n’est plus faire un tour en bicyclette : « un rouleau compresseur convient beaucoup mieux. »

Pour qualifier le phénomène, une nouvelle expression est apparue sur les fils Twitter anglo-saxons en 2012 et fissure depuis le consensus touristique : overtourism, ou « surtourisme » en français. Son succès n’est pas dû aux militants de Plane Stupid ni aux essais « tourismophobiques », qui se multiplient ces dernières années. Il vient des épicentres mêmes de l’industrie touristique, asphyxiés par un afflux qu’ils n’arrivent plus à maîtriser. Barcelone, par exemple (32 millions de touristes en 2017, vingt fois sa population), où les affiches « Tourists go home » se multiplient et où les autorités cherchent à limiter le trafic dans le centre — impossible désormais d’y ouvrir un nouvel hôtel. Mais aussi Amsterdam (17 millions de touristes), Venise (30 millions), l’Islande (2,2 millions) ou encore l’association des grands parcs naturels de Californie : tous ont imaginé des plans de lutte contre les arrivées massives de visiteurs.

Illusoire ? Encore ne s’agit-il ici que des « pollutions » visibles. La contribution du tourisme au réchauffement planétaire reste, elle, encore largement taboue. En mai dernier, une étude publiée dans la revue Nature Climate Change révélait que 8 % des émissions de gaz à effet de serre étaient dus aux flux touristiques (internationaux et, surtout, intérieurs), trois fois plus que les évaluations antérieures. Même constat étouffant quant à l’impact de cette mobilité motorisée sur la qualité de l’air ambiant. L’ingénieur Laurent Castaignède parle d’une nouvelle génération de dinosaures, ni herbivores ni carnivores, mais « airvores », « voraces en air pur ». « De plus en plus autonome, [cette nouvelle génération va-t-elle] s’imposer dans tous nos mouvements, avant de succomber à une gigantesque et improbable panne sèche de pétrole, ou bien s’éteindre par suffocation (avec nous) dans un prochain “airpocalypse” surchauffé ? »

Mais s’interroger sur notre culture de la mobilité motorisée, c’est poser la question des limites dans tout ce qu’elle a de plus dissonant et rabat-joie pour nos sociétés. Le tourisme est si étroitement lié à notre mode de vie qu’il est difficile de le critiquer. Comme il est quasi inconvenant de questionner le recours à l’avion, devenu banal. C’est « critiquer tout un chacun, c’est-à-dire délibérément se faire des ennemis », écrit Rodolphe Christin. « Nous sommes tous des touristes potentiels. » C’est mettre en cause notre droit au délassement, à l’insouciance, à la liberté, bref, se placer à rebours de l’air du temps et de la mythologie du voyageur moderne qui a envahi nos quotidiens, des rayons des librairies aux fils Instagram. « La prolifération des publications de carnets de route et autres récits de voyages est un signe tangible — et lucratif — de cette volonté de raconter, dit Christin. N’en avez-vous pas marre, vous, de ces “explorateurs” d’aujourd’hui, toujours plus “nouveaux” les un(e)s que les autres ? En parapente dans l’Himalaya, ou bien en train de “faire” l’Equateur sur un fil ou le pôle Nord à genoux… »

C’est, aussi, appuyer là où ça fait mal : le tourisme est le repos du guerrier-travailleur, et cette nécessité vitale de « partir » interroge la qualité de notre vie quotidienne. « Grâce au tourisme, nous sommes prêts, de nouveau, à nous vendre à fond à notre activité productive, celle qui finance, justement, la gamme plus ou moins étendue de nos loisirs, poursuit le sociologue. Car nous vivons à côté de nous-mêmes le reste du temps. Le tourisme est une compensation thérapeutique permettant aux travailleurs de tenir la distance et d’accéder aux mirages de la qualité de vie, au milieu d’un air, d’une eau, d’une terre pollués comme jamais auparavant. » Déprimant ? Alors, en attendant que nos sociétés se décident à envisager une trajectoire collective de réduction du trafic aérien, de manière démocratique et pacifique, ne pourrait-on pas tenter de revaloriser et de redonner du sens à… l’immobilité ? Savoir ne pas partir, savoir s’arrêter, tenir debout, assis dans la position du lotus, ou s’allonger comme les militants de Plane Stupid, pour dire non. Le philosophe Jérôme Lèbre, qui vient même d’y consacrer un Eloge de l’immobilité, en est convaincu. « Savoir faire halte, c’est savoir résister. »

À lire

Airvore ou la Face obscure des transports. Chronique d’une pollution annoncée, de Laurent Castaignède, éd. Ecosociété, 344 p., 25 €.
Manuel de l’anti-tourisme, de Rodolphe Christin, éd. Ecosociété, 144 p., 12 €.
Eloge de l’immobilité, de Jérôme Lèbre, éd. Desclée de Brouwer, 384 p., 17,90 €.

Canicule : la climatisation accroît la consommation électrique



Grâce aux énergies nucléaire et solaire, la France exporte une partie de sa production depuis le début de la canicule.