lundi 29 août 2016

Finistère : polémique autour de l'extension d'une porcherie à Landunvez

A Landunvez (Finistère), Philippe Bizien voit grand pour son exploitation. Cet éleveur a reçu l'autorisation de la préfecture pour étendre sa porcherie et porter sa production à 12 000 bêtes. Mais les riverains s'inquiètent.


La porcherie se situe à 200 mètres du bourg. "Ce qui nous inquiète, c'est cette proximité, les retombées ammoniacales", explique à France 3 Anne Bertrand, de l'association "Avenir et environnement en pays d'Iroise". Elle craint "des conséquences désastreuses pour la santé".

L'éleveur rassure
Les riverains redoutent également une pollution d'un cours d'eau voisin qui se jette au niveau d'une plage fréquentée ainsi que les possibles pesticides nécessaires à la culture du maïs pour les porcs. Philippe Bizien se veut rassurant : son projet répondra aux normes environnementales.
La préfecture a donné son accord malgré l'avis défavorable du commissaire enquêteur.

A voir sur francetvinfo.fr

mardi 23 août 2016

Le bio, une alternative pour les producteurs laitiers des Hauts-de-France ?

Nouvel épisode dans la crise du lait. Depuis ce lundi, des éleveurs manifestent devant le siège de Lactalis, à Laval. En cause : le cours du lait, jugé trop bas. À Helfaut, Pierre Deldicque pose un regard particulier. Il y a six ans, il a troqué les pulvérisateurs chimiques et l’engrais contre une production bio.


Bio ou pas ? Pour Pierre Deldicque, le doute n’est pas permis. Ce producteur possède 70 vaches qui lui donnent 260 000 litres de lait par an. Depuis mai 2010, il a rejoint la filière biologique. L’Helfallois a opéré la bascule après une discussion avec un technicien de la chambre d’agriculture. « Je nourrissais mes vaches avec de l’herbe et du foin, se souvient-il. Il m’a dit : C’est dommage, tu peux produire bio. Je n’avais pas grand-chose à modifier… »

De nouvelles surfaces fourragères
Quelques produits sont donc bannis de son quotidien. « Tout ce qui est pulvérisateur chimique, c’est terminé. » Fini aussi l’engrais pour le foin. « J’en mettais un peu, mais jamais autant que mes collègues. » D’autres produits sont restreints, comme les antibiotiques. « C’est trois par an et par vache. » Autre contrainte : Pierre Deldicque doit maintenir une quantité d’herbe suffisante pour ses bêtes. Le producteur a donc dû réaménager ses terres. « Au lieu de mettre des céréales à certains endroits, j’ai ajouté des surfaces fourragères. »

Moqué lors de son passage au bio
La route vers le bio est semée de contraintes. Mais elle comporte des avantages non négligeables. La situation financière de Pierre Deldicque s’est améliorée. Logique : la production bio permet de réduire les coûts. « En diminuant un peu tout, on augmente la marge », ajoute Pierre Deldicque. Le cours du lait est aussi plus favorable à l’éleveur bio. « Il y a un équilibre entre l’offre et la demande. Avec les industriels, je n’ai pas à me plaindre. » L’Helfallois a été moqué quand il s’est converti au bio. Aujourd’hui, il pose un regard critique sur la crise du lait. « Ce n’est pas la quantité qui fait qu’on va s’en sortir, juge-t-il. Produire, tout le monde sait le faire. » Pierre Deldicque livre même quelques recommandations. « À court terme, il faut réduire la production de lait. Après, il faut réduire les charges. »

Bref, pour lui, le doute n’est plus permis. « J’aurais dû passer au bio avant. » Parole d’un convaincu.

En chiffres
5 : le Nord - Pas-de-Calais est la 5e région française laitière. En rajoutant la Picardie, les Hauts-de-France génèrent 10,5 % de la production nationale (source INSEE, DRAAF). 

2,6 : en 2014, les 7 000 exploitations du bassin Nord-Picardie (elles étaient 11 000 en 2000) ont livré 2,6 milliards de litres de lait à l’industrie.

53 : les exploitations laitières de la région comptent en moyenne 53 vaches, ce qui est assez proche de la moyenne nationale.

350 000 : ce sont 350 000 vaches laitières qui paissent dans ce grand bassin et occupent 741 000 ha de la surface agricole utile. 20 000 : au total, la filière représente 20 000 emplois dédiés à la production et à l’industrie agroalimentaire.

« La solution passe par les consommateurs »
Le blocage ce lundi du site de l’industriel Lactalis, à Laval, est emblématique de la crise récurrente du lait, accentuée par la fin des quotas laitiers en avril 2015. Un mouvement médiatique qui occulte aussi d’autres enjeux. « S’en prendre à un industriel privé ne règle rien, estime Jean-Louis Naveau, ancien président nordiste de l’OPL (Organisation des producteurs de lait). C’est aussi aux coopératives, aux mains des gros producteurs, de montrer l’exemple. »


« La crise est uniquement structurelle, explique pour sa part le bouillant Carol Bulcke, producteur dans l’Avesnois et délégué Nord de l’APLI (Association des producteurs indépendants de lait). Cela fait cinquante ans que l’on casse du paysan pour nous amener à faire des usines à vaches, dont ne veulent pas les consommateurs. Avec la contractualisation mise en place par l’ancien ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, le droit à produire appartient à l’industriel. C’est lui qui détermine le prix, suivant le marché. Il nous est impossible de suivre. Aujourd’hui, on nous achète 24 centimes du litre, quand 35 centimes couvrent à peine les frais et que 40 centimes rémunèrent le paysan à hauteur du SMIC. Si l’on veut garder des paysans, il faut les rémunérer correctement. »

Pour Carol Bulcke, la solution passe par le consommateur. « Il faut que les consommateurs n’achètent que les produits qui rémunèrent correctement les paysans. » En 2012, 800 agriculteurs français (une cinquantaine dans notre région) ont créé leur propre société et marque « Faire France », rémunérés 34 centimes du litre auxquels s’ajoutent 10 centimes de la société. Aujourd’hui 400 000 litres de ce « lait équitable » sont écoulés dans la grande distribution. Une goutte, mais « si le consommateur le demande, d’autres suivront ».

Quand l'école passe au vert

Mares, nichoirs et potagers ont germé dans les cours de récré pour sensibiliser les enfants à la biodiversité. Une approche du vivant encore marginale, qui révèle la difficile transition écologique de l'institution scolaire.


C'est une « mare pédagogique », dans la cour d'une petite école primaire du Tarn. Elle a été creusée il y a quelques années par un enseignant, épaulé par une poignée de parents d'élèves et d'employés municipaux. Très vite, les petites bêtes ont afflué, araignées d'eau, papillons, libellules, grenouilles, pour le plus grand bonheur des enfants : il est tout de même plus amusant d'étudier la diversité du vivant à quatre pattes dans la cour et les mains dans l'eau qu'en feuilletant en classe un manuel scolaire ! Certains savoirs sautent à la figure lorsqu'on a le nez dans les nénuphars. Le jour de l'inauguration de la mare, il y avait du beau monde pour féliciter le maître d'école entreprenant : des élus locaux, le conseiller général et même le député de la circonscription. Mais point de représentant de l'Education nationale. Quand l'enseignant a changé de poste, la mare a été rebouchée.

Les défis du réchauffement climatique
L'anecdote peut sembler dérisoire. Par ce petit bout de la lorgnette, on entrevoit pourtant une problématique autrement plus large sur l'éducation à l'environnement, qui interroge notre système éducatif tout entier : a-t-il fait sa transition écologique, un peu, beaucoup, passionnément ? A quel point les écoles, les collèges et les lycées de France ont-ils opéré leur mue, pour préparer les élèves aux défis d'un monde que ne connaissaient pas les générations précédentes, du réchauffement climatique à l'épuisement des ressources naturelles ? Curieusement, alors que (presque) plus personne ne nie l'urgence à agir, ces questions sont ­exclues des débats qui agitent le monde scolaire.

A en croire l'eurodéputée Michèle Rivasi, le chercheur Philippe Meirieu et les autres signataires du « Manifeste pour une éducation à la citoyenneté planétaire », elles ne préoccupent pas davantage les principaux protagonistes des conférences climatiques. « Depuis vingt ans, écrivent-ils, ils ne se penchent [...] que du bout des lèvres [sic] sur ce qui devrait pourtant constituer un levier fondamental du changement : une éducation intégrale et durable qui, au lieu de perpétuer les schémas de pensée qui nous condamnent à un développement insoutenable, formerait, à l'école et tout au long de la vie, des femmes et des hommes [...] attentifs à préserver leur résidence commune, la Terre. »


“Éduquer, ce n'est pas endoctriner.”

En retard d'une révolution, l'Education nationale ? Soyons justes : ce n'est pas parce que la rumeur de sa mue écologique n'arrive pas jusqu'à nos oreilles qu'elle n'a pas lieu. En réalité, il est loin le temps des « leçons de choses » où l'on étudiait les corneilles, les abeilles et les fougères sans ­jamais les relier à leurs écosystèmes. Les sciences de la vie et de la Terre observent désormais le vivant dans toute sa complexité. Le programme de géographie de 5e, en ­particulier, est largement consacré aux « ressources limitées » dont dispose l'humanité, ainsi qu'au « changement global, facteur majeur de vulnérabilité des territoires et des sociétés ».

Une nouvelle manière de penser le monde infuse peu à peu les salles de classe... « mais de façon encore timide et parcellaire, assure Philippe Meirieu. Les programmes du lycée, en particulier, ont peu changé depuis vingt ans ». On enseigne encore trop souvent les sciences économiques et sociales (SES) comme au siècle dernier, par le prisme des théories néoclassiques et keynésiennes, sans beaucoup questionner notre modèle de société. L'école craint-elle, en explorant les modèles alternatifs, d'être accusée de faire de la politique, d'imposer aux élèves une vision partisane ? Elle doit pourtant s'y aventurer franchement, insiste Meirieu. « D'autant qu'éduquer un sujet ce n'est pas l'endoctriner, c'est le rendre capable de comprendre les conséquences de ses choix. L'école ne doit pas asséner que le nucléaire est une énergie d'avenir ou au contraire militer pour les éoliennes, mais exposer les différentes alternatives qui s'offrent à nos sociétés. La responsabilité de l'enseignant, c'est la formation à la liberté. »


Du local au global
Au collège Les Pierres plantées, à Montalieu-Vercieu, Isère, ce sont les élèves qui, ce jour de juin 2016, ont la parole. La classe de 4e C expose les résultats de ses cogitations après plusieurs mois de travail dans le cadre du cours de technologie. Objectif : réduire les consommations d'énergie de l'établissement — qu'on imagine conséquentes, les bâtiments ne sont pas de première fraîcheur. Ampoules, vitrages, radiateurs, isolation dans les classes, les couloirs et les halls, tout a été examiné et le gaspillage, traqué à l'aide d'appareils de mesure. Les uns préconisent la création d'un sas d'entrée, les autres, l'installation de panneaux photovoltaïques... et la représentante du département prend des notes.

Oui, la collectivité territoriale assiste au cours : elle est partenaire du projet, qu'elle finance à hauteur de 5 000 euros. Il s'agit d'impliquer les élèves à travers un programme concret qui les concerne au premier chef — et vu le chahut ambiant, les surcroîts de motivation ne sont pas superflus... C'est la « pédagogie de projet », une méthode d'apprentissage très prisée par les stratèges de l'éducation à l'environnement : partir d'une problématique concrète, ancrée dans le quotidien des élèves, puis avancer en grands ronds concentriques dans les savoirs. Passer du local au global, en somme.

Et croiser les matières, comme le prônent les tenants de l'interdisciplinarité ? La réforme du collège, qui entre en vigueur en cette rentrée 2016 et instaure justement des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), propose entre autres thèmes de plancher sur « la transition écologique et le développement durable ». « Avec mes collègues de physique-chimie et de sciences de la vie et de la Terre, nous échangeons beaucoup pour mettre au point un projet commun », raconte la professeur d'histoire-géographie des Pierres plantées. Mais le principe fait débat. Il hérisse le ­sociologue Jean-Pierre Terrail, favorable à ce que les enjeux environnementaux soient « davantage intégrés aux enseignements au lieu de nourrir une démarche interdisciplinaire, fatalement vouée à l'échec tant que les élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux ». Pas touche aux disciplines ? Gare aux ruades, le sujet est en France hautement polémique...


Le pouvoir pédagogique de l'araignée d'eau
Quoi qu'il en soit, l'éducation à l'environnement ne semble pas soluble dans le seul savoir livresque. Même la ­sénatrice Marie-Christine Blandin, membre du Conseil supérieur des programmes (l'instance chargée d'élaborer les nouveaux manuels de cette rentrée), l'affirme sans détour : « Si vous n'avez pas dans les cours des écoles primaires une petite mare pour observer les libellules ou un petit jardin pour étudier les légumes, vous n'avancerez pas beaucoup. » C'est l'idée qu'en contemplant une araignée d'eau dans son écosystème on prend mieux conscience de nos propres interactions avec notre milieu. Que l'observation de la nature suscite des questionnements concrets et profonds qui facilitent la compréhension des grands enjeux environnementaux. « L'approche sensible est au moins aussi importante que l'approche scientifique, confirme Roland Gérard, cofondateur du Réseau Ecole et Nature (lire encadré). Elle est d'autant plus fondamentale que les nouvelles générations vivent de moins en moins au contact de l'environnement naturel, des prairies et des bois. »

Et il en pense quoi, le ministère, de la transition écologique de l'école ? Il l'encourage, en témoigne la flopée de textes et de circulaires sur le sujet qu'il produit depuis les années... 1970. Mais cela n'aide pas forcément beaucoup. « S'il y a bien une loi que j'observe depuis quarante ans, commente Roland Gérard, c'est que l'éducation à l'environnement est un mouvement ascendant. Le changement vient toujours de la base, jamais de la Rue de Grenelle. Les enfants découvrent les produits bio à la cantine, en parlent à leurs parents qui s'y mettent peu à peu. Les cantines bio comme le tri sélectif et le compostage sont des pratiques pédagogiques qui se construisent sur le terrain, dans des partenariats entre un établissement, des associations et les collectivités territoriales. » Arnaud Defurne ne le contredira pas. Le proviseur des Pierres plantées, collège ordinaire à bien des égards, est particulièrement investi dans ce type d'actions. « Un exemple parmi d'autres : nous allons améliorer la chaîne qui permet aux élèves de trier les restes de leurs repas. ­Cela nécessite de rénover une partie de la cantine et donc que le département mette la main à la poche. L'impulsion écologique de l'équipe enseignante est déterminante, mais sans l'appui de la collectivité, pas grand-chose ne serait possible. »


Motiver les troupes
Encore faudrait-il que l'institution scolaire encourage vraiment ses ouailles les plus entreprenantes. « Vous n'avez pas idée du nombre d'enseignants qui font l'effort de monter des projets et sont freinés dans leur élan par mille obstacles administratifs. Personne ne viendra embêter ceux qui se contentent mollement de suivre le programme, mais les innovateurs, eux, doivent sans cesse rendre des comptes, c'est extrêmement démotivant ! » lance Philippe Meirieu. Pour le chercheur, ces derniers ont certes besoin de reconnaissance, mais tous manquent de formation, tout au long de leur carrière, pour intégrer les savoirs en évolution constante et mieux préparer les élèves à habiter autrement notre monde en mutation (« Un professeur qui débute aujourd'hui enseignera à des ­enfants nés après 2050 ; vous consulteriez un médecin de 60 ans qui ne s'est tenu au courant de rien depuis sa fac de médecine ? »)

Condition sine qua non pour que l'école fasse réellement sa transition écologique, le corps enseignant doit apprendre à collaborer avec les partenaires territoriaux... qui eux-mêmes ont une lourde responsabilité. Car, comme dit Roland Gérard, « c'est très bien d'enseigner en classe les vertus du développement durable et des circuits courts. Mais si une fois à la cantine, dont la collectivité a la charge, les élèves constatent que des quantités astronomiques de nourriture venue de l'autre bout de la planète sont jetées à la poubelle... L'éducation, c'est aussi montrer l'exemple. »

NATURALISTES EN HERBE
Ce matin-là, les enfants s'activent dans la serre de l'école, chacun sur son carré de potager. Tous prennent grand soin de leurs plants de tomates, haricots, maïs, courgettes, « c'est important, parce qu'après on va les manger » , explique une jeune maraîchère. Nous ne sommes pas dans le cadre de l'Education nationale - où il est défendu de consommer des aliments qui n'affichent pas de date de péremption ! Mais dans un tout petit établissement primaire hors contrat, niché dans un vieux château du Diois, au pied du Vercors. Et à l'école Caminando, on est très attaché à l'idée qu'on « apprend mieux quand il y a des enjeux ». Surtout, la nature y est le pivot de l'enseignement. « Autant dire qu'il ne s'agit pas seulement de faire entrer des bouts de vie dans l'école », explique la directrice-fondatrice Muriel Fifils. En sus du programme officiel, les dix-neuf élèves observent les oiseaux et les insectes (« à partir du moment où ils prennent du plaisir, le savoir rentre »), explorent la plage de galets qui longe la rivière en contrebas (« un support pédagogique formidable ! »). En outre, ils cultivent naturellement une perception « systémique » du monde : tout ne se réduit pas à soi-même puisque nos environnements constituent un univers solidaire. L'expérience semble si probante qu'on s'interroge : et si l'institution scolaire laissait fleurir ces lieux pédagogiques à l'intérieur de son cadre ?

CANTINES SCOLAIRES, LA FIN DES HARICOTS
Un enfant sur trois ne parvient pas à distinguer un poireau d'une courgette, d'une figue ou d'un artichaut. Et neuf sur dix sont plongés dans des abîmes de perplexité face à une... betterave (1) . Loin de nous l'idée d'en rejeter la faute sur l'école, qui a déjà beaucoup à faire avec les multiples missions qui lui sont assignées. Mais la restauration scolaire (à la charge des collectivités territoriales), alors ? N'est-il pas dans ses fonctions, outre de remplir les ventres de ses jeunes hôtes, de les éduquer au goût et à la variété des produits alimentaires ? Pour cela, il faut redonner de l'autonomie au personnel des cantines, trop souvent transformé en ouvre-boîte réchauffeur de plats de l'agroalimentaire. Et qui bien souvent rêve d'enfin... cuisiner. C'était d'ailleurs l'esprit d'un projet de loi, adopté à l'unanimité en janvier dernier par les députés : que les restaurants collectifs de France proposent d'ici à 2020 40 % de produits locaux, de saison et de qualité, dont 20 % de produits bio (qui ne pèsent aujourd'hui que... 3 %). Hélas, les sénateurs ont dit niet. Mais les porteurs du projet n'ont pas dit leur dernier mot...

RÉSEAU D'ÉCOLES ÉCOLOS
A-t-on idée du nombre phénoménal d'associations éparpillées sur notre territoire qui œuvrent pour la transition écologique ? « Ce sont souvent de toutes petites structures locales, tout à fait ravies d'accompagner des enseignants dans la constitution d'un "coin nature", avec nichoirs, abris à chauve-souris, mare pédagogique, ou tout autre projet lié à l'éducation à l'environnement », assure Roland Gérard. Le codirecteur du Réseau Ecole et Nature sait de quoi il parle : créé en 1983 par deux enseignants, cet espace de rencontre et d'échanges qui a aujourd'hui tissé sa toile sur la France entière n'a de cesse de mettre en relation le monde de l'éducation avec les partenaires associatifs et les collectivités territoriales, voire des fondations et des entreprises.

dimanche 21 août 2016

Douchy-les-Mines: le collectif Les Saprophytes en chantier avec les habitants


Véronique Skorupinski et Mélia Delplanque, diplômées de l’École nationale supérieure d’architecture et du paysage de Lille, et membres du collectif Les Saprophytes, ont débuté ce lundi un chantier d’une durée de cinq jours, avec plusieurs habitants volontaires et bénévoles.


Le but de ce chantier est de valoriser tous les chemins piétonniers en inscrivant une signalétique au sol.


Ainsi les douchynois et aussi les habitants de communes voisines pourront grâce à ce marquage découvrir tout en marchant, les différents espaces verts de la ville, comme les jardins ouvriers, le parc Maingoval, le jardin communautaire etc.


La dizaine de bénévoles fabrique également des bacs destinés à être installés un peu partout dans la ville afin de constituer des « Incroyables comestibles ».


Cette expérience communautaire permet la mise à disposition gratuite de petits potagers. Les deux membres du collectif et les bénévoles se retrouveront en septembre, cette fois pour un travail d’élagage de ces chemins piétonniers.


La Voix du Nord 28/07/2016

Pour en savoir plus rendez-vous sur la page Facebook des Incroyables Comestibles Douchy : 
http://www.facebook.com/incroyablescomestiblesdouchy

Pour les piétons et les vélos, 14 km réservés à travers le corridor minier

L’ancien cavalier du pays de Condé, devenu voie verte pour les déplacements doux, termine sa mue commencée en 2015. L’année prochaine, son réaménagement une fois bouclé offrira un chemin réservé de Vieux-Condé à l’entrée d’Anzin. Votre prochaine balade à pied, en bicyclette ou même… à cheval ?



Et si la voie verte des « Gueules noires » était un trésor ? Elle a tout pour cela. Lieu de mémoire de l’ancien bassin minier, comme en témoigne le pont des Houillères à Condé avec sa superstructure métallique, l’ancienne voie ferrée des mines qui servait aussi au trafic des voyageurs a été nettoyée et reconvertie par l’Établissement public foncier il y a plus de 15 ans. Pour en faire un cheminement piétonnier traversant cinq communes, cheminement qui sert aussi de corridor naturel. Un vrai réservoir biologique au travers d’un secteur densément peuplé, dans lequel, pourtant, on trouve des martins-pêcheurs et même des orchidées.

Seulement voilà ; la voie verte, parfaite sur la carte, était ces dernières années devenue pour partie une vue de l’esprit. Un chemin presque totalement obstrué par endroits, par la végétation entre autres, qui reprend vite ses droits. Il ne paraissait plus guère engageant aux piétons…

D’abord côté frontière…
La voie verte reprend vie. Fin 2014, dans les faits en 2015, le Département, qui en est propriétaire, a commencé un chantier frôlant les 3 millions d’ €, pour la rouvrir complètement à la circulation douce. Pour aussi l’adapter aux nouvelles normes en matière de sécurité, de circulation… et de biodiversité.

Le chantier a commencé en 2015 par le tronçon le plus proche de la frontière belge, entre Vieux-Condé et l’Escaut. Un aménagement que les Belges attendaient avec quelque impatience, la fameuse voie se poursuivant chez eux et devant, dans l’absolu, permettre aux cyclistes de filer jusqu’au cœur du bassin minier, dans le Pas-de-Calais. Sur place on a nettoyé, élagué, réalisé aussi des travaux plus lourds. Comme une passerelle en dur sur le pont des Houillères, ou un garde-fou sur le Jard, métallique pour remplacer celui en bois, vandalisé.

Cette année, le Département s’est attaqué à l’autre extrémité. Entre l’entrée d’Anzin et la zone Poleco sur Bruay, il a fallu par endroits faire donner le bulldozer pour rouvrir une voie qui n’était plus qu’un trou de souris.

L’année prochaine, le dernier tronçon donnera encore lieu à de gros travaux, du côté de l’ex-gare de Fresnes dont le quai sera réhabilité, sous la supervision des Monuments historiques, puisque le site est classé.

Fin 2017, les 14 kilomètres seront rouverts. Il n’y aura plus qu’à prendre ses baskets ou son vélo, pour la promenade comme pour faire les courses. Une seule interdiction : la motorisation, même pour les simples cyclomoteurs. L’amende est en conséquence : 135 €, comme pour toute voie non ouverte à la circulation motorisée.

Feu vert de l’État pour l’installation de onze éoliennes entre Avesnes-le-Sec et Iwuy

C’est une victoire pour les promoteurs du projet et un coup dur pour le collectif de riverains mobilisés contre l’implantation d’éoliennes dans les champs, sur les hauteurs entre Avesnes et Iwuy : la préfecture a rendu, début août, un arrêté autorisant l’installation du parc.


L’arrêté est daté du 3 août. Il émane de la préfecture du Nord et autorise l’exploitation de onze éoliennes d’une hauteur de 175 mètres de haut (en comptant les pales). La nouvelle n’est pas une complète surprise puisque déjà début avril, nous nous faisions l’écho du rapport favorable émis par le commissaire enquêteur sur le projet. Avec un bémol toutefois puisqu’il préconisait de réduire le nombre de machines à huit. Selon lui, trois d’entre elles, érigées sur le territoire d’Avesnes-le-Sec, « impactent le plus le paysage et donnent un effet d’écrasement au village ». Ce faisant, cela « permettra d’améliorer le niveau sonore diurne et nocturne » du projet. Une éolienne, « bien que les risques en soient minimes », pourrait également « s’effondrer sur la route, compte tenu de sa hauteur ». Ces arguments n’ont visiblement pas convaincu les services de l’État (*) qui s’en tiennent donc au projet initial : onze machines dont sept à Avesnes et quatre à Iwuy.

« Population pas entendue »
« À quoi a servi l’enquête publique alors si on ne tient pas compte du commissaire enquêteur ? À rien », réagit à chaud Olivier Coleau. Pour ce conseiller municipal d’opposition, membre du collectif de riverains mécontents, c’est une « grosse déception » : « On avait même rencontré le sous-préfet en compagnie des maires de Villers-en-Cauchies et Lieu-Saint-Amand pour faire part de notre mécontentement. On avait aussi écrit à Xavier Bertrand (le président de la Région et pas franchement adepte de l’éolien). La population n’a pas été entendue. » Pour sa collègue au conseil aussi c’est la douche froide : « C’est un petit village sympa que l’on aime bien, soupire Christine Le Pessec. Mais, moi, ça me pousse à partir. Je viens de faire construire et je ne finirai pas mes jours là. » Ces opposants au projet se « réservent le droit d’un recours administratif », glisse Olivier Coleau. Et préviennent : « On sera vigilant sur les aménagements paysagers prévus… » Des aménagements, type plantations de haies, censés limiter l’impact visuel pour les riverains.

Du côté d’Escofi, porteuse du dossier avec la société WPD, cet arrêté était au contraire attendu. « C’est forcément une bonne nouvelle parce que le chemin est long et coûteux », résume-t-on chez Escofi. Même si ce chemin n’est pas encore tout à fait près d’aboutir. Les éoliennes ne sortiraient pas de terre avant l’horizon 2018-2019. « Il y a encore la phase liée au raccordement du parc éolien. Cela peut prendre un an, pour faire une proposition à ErDF et après seulement une convention de raccordement. Depuis fin 2015, le réseau picard est saturé. La saturation n’est pas encore effective dans le Nord, mais il y a beaucoup de parcs éoliens dans le secteur. » Si dans l’arrondissement de Valenciennes, les hélices n’ont pour l’heure pas faire leur apparition, côté Cambrésis, les implantations se sont en effet multipliées ses derniers mois.

(*) Interrogée, la préfecture ne nous a pas (encore) expliqué pourquoi avoir choisi onze éoliennes plutôt que huit.

Pétition place de la Nouvelle-Aventure à Lille : déjà plus d’un millier de signatures


Abattre des arbres pour faire de la place aux rôtisseries qui s’installent les jours de marché. Faire pousser des horodateurs sur un parking jusque-là gratuit… Dans le bon peuple de Wazemmes, ils sont nombreux à ne pas comprendre la logique du plan de réaménagement de la place de la Nouvelle-Aventure. Le mois dernier, la socialiste Charlotte Brun, présidente du conseil de quartier, joue les oracles et présente la vision de la municipalité pour ce bout de ville pas comme les autres.

Dans le projet, il y a des points qui ne posent pas de problèmes, comme les travaux de repavement et de rejointoiement réalisés autour de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul. On ne devrait pas non plus trouver trop à redire quand il sera question de mettre de l’ordre dans le marquage au sol de la place. 

Par contre, les esprits des Wazemmois se sont échauffés quand ils ont entendu dire qu’on allait abattre des platanes et tirer un trait sur la gratuité du parking quand il n’y a pas de marché. Un petit groupe s’est mobilisé. « Nous l’avons appelé Quand les habitants se mobilisent », raconte l’une des Lilloises à l’origine de sa création.

Sur papier et sur le web
Une pétition (papier) circule depuis quelques jours. Elle a déjà recueilli un bon millier de signatures. « Elle sera remise à Mme le maire avant la fin du mois. » Il existe aussi une pétition sur le web, qui a recueilli jusqu’à présent 585 signatures :

3 000 km sans boire ni manger : pour les jeunes veaux, le transport est un supplice

C’est une nouvelle illustration de la maltraitance animale, qui met une fois de plus en cause des pratiques de l’industrie agroalimentaire. Les images ne sont pas aussi insoutenables que celles tournées dans des abattoirs par l’association L214, qui ont ému l’opinion publique ces derniers mois. Elles n’en révèlent pas moins la souffrance infligée à des animaux, au mépris de la réglementation.



En savoir plus sur LeMonde.fr

jeudi 18 août 2016

Jim Hansen, légende vivante de la lutte contre le changement climatique

Le scientifique a démissionné de la Nasa, qui tentait de le museler. Aujourd'hui, il soutient vingt et un jeunes, dont sa petite-fille, qui attaquent en justice le président des États-Unis pour son inaction face au réchauffement climatique. Nous l'avons rencontré en Pennsylvanie.


Un taux d'humidité proche de celui de la forêt amazonienne et 35 degrés à l'ombre. En cette mi-­juillet, la verte Pennsylvanie transpire à grosses gouttes. Même la rivière Delaware semble avoir ralenti son cours sous les assauts de la canicule pâteuse qui s'est abattue sur l'est des Etats-Unis. Les systèmes de climatisation tournent à plein régime et, ce matin, le « cauchemar climatisé » décrit par Henry Miller nous ferait plutôt l'effet d'un paradis, tandis que derrière les vitres de la voiture défile un décor typiquement américain de coquettes maisons de bois avec leur incontournable drapeau sur le fronton. Quelques miles encore, et au détour d'une petite route apparaît une belle ferme en pierre, identifiable à deux détails : il n'y a point de drapeau ici, et le toit de la grange est recouvert de panneaux solaires. Nous sommes bien chez James Hansen, climatologue et « conscience morale de la science américaine », comme le définissait sa compatriote, la chanteuse Barbara Hendricks, lors de la COP21 en décembre dernier.


En Europe, son nom reste méconnu. Tout au plus certains l'ont-­ils entrevu dans le documentaire d'Al Gore, Une vérité qui dérange. Les Américains, en revanche, connaissent mieux sa silhouette sèche, souvent coiffée d'un Stetson, depuis qu'il a fait irruption sur la scène médiatique lors d'un autre été caniculaire. Le 23 juin 1988, alors que la sécheresse lézarde les terres, Hansen est auditionné par une commission parlementaire chargée d'enquêter sur cette météo aberrante. Pionnier de l'étude du climat, il dirige un laboratoire prestigieux de la Nasa, le Goddard Institute for Space Studies (Giss). Et, face aux sénateurs, il fait sensation : l'activité humaine, dit-­il, bouleverse le climat de la planète. Il en est « certain à 99 % », ce qui fait de lui l'un des premiers scientifiques à annoncer publiquement que le changement climatique a commencé, au grand dam de collègues et de politiques incrédules. C'est « Hansen contre le reste du monde », résumera le titre d'un article de la revue Science, un an plus tard.


Depuis, les émissions de CO2 ont continué à grimper. Les années les plus chaudes jamais enregistrées depuis les premiers relevés de températures, en 1880, ont toutes eu lieu après l'intervention de Hansen devant le Congrès. Et, en 2013, le cinquième rapport du Giec (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, créé sous l'égide de l'ONU) a fini par confirmer l'origine humaine du réchauffement ­avec une probabilité de 99 %, comme l'affirmait Hansen...

Radical, il accuse les pétroliers de “crime contre l'humanité”
« Jim » Hansen, lui, a continué à avoir raison avant les autres, poursuivant sa brillante carrière à la tête du Giss sans relâcher ses efforts pour se faire comprendre du grand public, et des politiques. Quitte à passer pour trop radical, lorsqu'il accuse les pétroliers de « crime contre l'humanité », ou trop ingérable, cette fois pour les écolos, quand il soutient la dernière génération de réacteurs nucléaires. Quitte à se faire arrêter (cinq fois) en manifestant contre la construction d'une centrale à charbon ou l'extension de l'oléoduc Keystone. Quitte aussi à devenir le scientifique le plus muselé des Etats­-Unis, lorsque, sous l'administration Bush, la Nasa lui interdit toute communication publique. Le scientifique engagé n'a jamais cillé : sachant ce qu'il sait, impossible de se taire. D'ailleurs, dit­-il aujourd'hui, « toutes mes déclarations relevaient du premier article du mandat de la Nasa : comprendre et protéger la planète ». La formule a été effacée lors d'une révision en 2006...

« Les années ont filé, les fondamentaux n'ont pas changé », résume le climatologue de 75 printemps. Notamment ce qu'il dénonçait déjà en 1989, interrogé par un jeune sénateur démocrate ­— un certain Al Gore — lors d'une autre commission parlementaire : sa déposition avait été modifiée par un fonctionnaire de la Maison-Blanche, avant d'être transmise au Sénat, ôtant toute mention du changement climatique. « Un scientifique travaillant pour le gouvernement ne peut pas s'exprimer librement devant le Congrès, son témoignage doit être "approuvé" par la Maison-Blanche. Obama avait promis que cela changerait. Rien n'a été fait. Nos responsables scientifiques continuent d'être nommés par les politiques, et une partie de leur travail consiste à défendre le gouvernement, donc à faire de la propagande. » Il y a trois ans, alors que la Nasa allait installer une caméra de surveillance devant son bureau — « pour me protéger, m'a­-t-­on dit » —, Jim en a définitivement claqué la porte pour retrouver sa liberté de parole et agir « afin que le message scientifique veuille réellement dire quelque chose ».

Désormais directeur du département Climat à l'université Columbia, le voilà aussi en première ligne dans « le procès en cours le plus important sur la planète », selon Naomi Klein, digne d'une superproduction hollywoodienne. Imaginez un peu: vingt et un gamins, âgés de 9 à 21 ans, attaquent le président des Etats-­Unis pour son inaction face au réchauffement. Parmi eux, Sophie Kivlehan, 17 ans et... petite-­fille de Hansen, qui intervient, lui, dans le procès comme « gardien des générations futures ». La plainte a été déposée en août 2015, devant le tribunal fédéral du district de l'Oregon. En avril, le juge Thomas Coffin l'a jugée recevable. « On attend la confirmation de la décision, prévue pour la rentrée, mais nous avons bon espoir ; ce serait historique, le premier procès de ce genre aux Etats-­Unis », dit James Hansen avant de se lever, sourire aux lèvres. « Ah, voilà Sophie ! »

Le “grand-­père du réchauffement climatique”
On avait découvert son visage sur le blog du scientifique où il pose avec femme, enfants, petits-enfants, et dans son premier livre, précisément intitulé Storms of my grand­children. The truth about the coming climate catastrophe and our last chance to save humanity (« Les Tempêtes de mes petits-­enfants. La vérité sur la prochaine catastrophe climatique et notre dernière chance pour sauver l'humanité »). Le climatologue y raconte comment, après la naissance de Sophie, il montrait de temps en temps un portrait d'elle, bébé, lors de ses conférences. Au départ, un peu comme une blague, puisque les journaux le présentaient comme le « grand-­père du réchauffement climatique ». « Mais petit à petit, la façon dont je voyais mon rôle de "témoin" a changé : je ne voulais pas que mes petits-­enfants, un jour, disent : "Grand­-père avait compris ce qui se passait, mais il ne l'a pas dit clairement." » Et aujourd'hui, dans son bureau aux murs eux aussi couverts de leurs bouilles souriantes, il le répète : « Si ce n'avait été pour eux, j'aurais continué à me concentrer sur la science pure, et n'aurais pas insisté sur l'importance des choix politiques. »

Sophie, nourrie à l'écologie
Le bébé est donc devenu une jeune fille à la longue chevelure blonde, au même regard rond et bleu que son grand­-père et au débit rapide. Une ado en slim, qui vient de passer son permis de conduire et adore le tennis, bref une ado comme les autres, mis à part deux détails : elle n'est pas très réseaux sociaux — « J'ai déjà l'impression de ne pas avoir le temps, alors passer des heures sur Facebook ou Instagram... » —, et a été nourrie à l'écologie. « Ça m'a toujours paru normal, ce n'est que récemment, avec le procès, que j'ai découvert que ça n'allait pas de soi pour tout le monde », dit-elle avant d'éclater de rire lorsque son grand­-père affirme qu'effrayer les enfants avec le changement climatique n'est pas une bonne idée. « Je me souviens d'une conférence dans les Hamptons. Je jouais dans le fond de la salle avec l'un de mes frères quand tout à coup celui-ci s'est mis à sangloter, en écoutant ce que grand-­père disait ! Ma grand­-mère Anniek s'est précipitée pour le consoler : ne t'inquiète pas, les adultes vont résoudre le problème... »

L'inaction politique met en péril les droits constitutionnels à “la vie, la liberté et la propriété »
C'est justement parce que les enfants sont les premiers concernés qu'elle s'est lancée dans la bataille — « On ne va pas rester les bras ballants à attendre, je veux que mon gouvernement agisse ! » Dans leur plainte, Sophie et ses camarades expliquent que l'inaction politique met en péril leurs droits constitutionnels à « la vie, la liberté et la propriété ». « Les principes de base de notre Constitution, même si celle-­ci n'évoque pas le droit à la protection de l'environnement », précise-t-elle. Les enfants se disent ainsi victimes de « discrimination », au profit des intérêts économiques d'un « autre groupe de citoyens », l'industrie pétrolière. Et invoquent la doctrine du public trust, selon laquelle le gouvernement a le devoir de protéger les biens communs. « Une doctrine très ancienne qui nous vient du droit anglais, explique le scientifique, et qui commence à être élargie à l'atmosphère. » Our Children's Trust, l'association qui assure la défense des « vingt et un », n'en est pas à son coup d'essai. En avril, dans une procédure lancée par l'ONG, huit enfants qui poursuivaient le Département de l'écologie de Washington pour l'insuffisance de son action l'ont emporté. L'Etat de Washington a été condamné à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'ici fin 2016, afin d'« assurer la survie d'un environnement dans lequel [la jeunesse] peut atteindre l'âge adulte en toute sécurité ».

Avec la plainte des « vingt et un », « on passe à l'étape supérieure : celle de l'Etat fédéral, dit Hansen. La politique énergétique et climatique américaine, au mieux schizophrène, si ce n'est suicidaire, ne nous laisse pas le choix. » Le recours à la justice est un outil de plus pour le citoyen, dit le scientifique, qui a déjà soutenu une plainte similaire aux Pays­-Bas (1) . « Bien sûr, c'est à l'exécutif de déterminer les politiques et de voter des lois. Mais les juges peuvent contraindre l'Etat à agir. Regardez la conquête des droits civiques dans les années 1950 et 1960, les juges ont obligé le gouvernement à mettre fin à la ségrégation dans les écoles ! Et on peut espérer qu'ils sont moins sujets aux pressions financières des lobbies pétroliers, à la différence des politiques qui financent leurs campagnes grâce à leur argent. Il suffit hélas d'observer notre campagne présidentielle actuelle, tout se passe comme si le réchauffement n'existait pas... »

Hausse du niveau des mers : six mètres par siècle…
Le 8 avril dernier, le juge Thomas Coffin a rejeté les arguments de l'American Fuel and Petrochemical Manufacturers (Exxon Mobil, BP, Shell...) et de l'American Petroleum Institute (625 compagnies pétrolières et gazières). Ceux-ci avaient rejoint les rangs de la défense aux côtés de Barack Obama tant ce procès « extraordinaire » engagé par vingt et un gamins représente « une menace directe pour [leurs] activités », affirment-ils. Ces enfants et ce grand-père, s'ils gagnaient, pourraient provoquer « des changements majeurs de société » ainsi qu'« une restructuration sans précédent de l'économie »... En attendant, Jim continue à marteler qu'il est urgent de taxer le carbone, seule manière de détourner l'économie des « mortifères énergies fossiles ». Il pense que la solution viendra de Chine — « parce que leurs dirigeants, tous ingénieurs, sont rationnels, ne contestent pas la réalité du réchauffement et sont confrontés à la catastrophe sanitaire de la pollution atmosphérique, qui les oblige à agir ». Il s'est aussi attelé, avec Sophie, à écrire « un livre grand public, Sophie m'oblige à être compréhensible ». Toujours cette même obsession : surtout, ne pas laisser une question aussi vitale que celle du climat confinée derrière les portes calfeutrées des laboratoires scientifiques. Car le temps presse. Dans l'article (2) qu'il vient de signer avec dix-huit pointures de la climatologie, et qui a fait grand bruit, il annonce les conséquences de la fonte des calottes glaciaires sur la hausse du niveau des mers : six mètres par siècle, soit deux mètres d'ici le milieu du XXIe siècle. On se prend à espérer que, pour une fois, Jim Hansen se trompe.

(1) En juin 2015, l'ONG Urgenda, appuyée par neuf cents citoyens, a obtenu la condamnation de l'Etat néerlandais pour non-respect de ses engagements climatiques (voir Télérama no 3436).
(2) « Ice melt, sea level rise and superstorms », dans la revue en ligne Atmospheric Chemistry and Physics, www.atmos-chem-phys.net

Les secrets du jardin urbain de Nathalie, à Marly

En 2010, Nathalie déniche au cœur de la ville, dans une cour privative, rue Salengro. Une maison de construction récente avec un terrain de 500 m2.


mercredi 17 août 2016

Testé pour vous : la randonnée au pays du charbon et de l’acier, à Denain


Le terril Renard classé UNESCO et espace naturel sensible constitue le point le plus remarquable du parcours.

Nous vous en parlions l’an dernier : l’inauguration du tout premier chemin de randonnée denaisien intitulé « Denain, ville d’eau, de charbon et d’acier ». Nous avions même assisté à l’inauguration et testé la verdoyante partie sud du circuit. Cet été, on a profité du beau temps pour s’attaquer à la boucle septentrionale du tracé.


Le passage par l’ancienne friche Usinor n’est pas le plus sympa, avouons-le...

On a récupéré le parcours là où nous l’avions laissé l’an dernier, au parc Zola où commence la boucle nord du circuit, soit 7 kilomètres (comptez deux petites heures). Les marques jaunes du balisage sont bel et bien là tout au long du parcours, difficile de se perdre donc. Bon, il faut dire que pour les Denaisiens, pas de quoi être dépaysés, on emprunte des sentiers connus : le rond-point Cafougnette et on file vers la zone des Pierres blanches. Pas très glamour, mais le circuit se veut orienté patrimoine et évidemment, on est ici sur l’ancienne friche Usinor. Une fois traversée la place Baudin bordée d’élégantes demeures (l’un de nos coins préférés), on arrive d’ailleurs dans la cité sidérurgique Werth. Des maisons identiques aux façades proprettes et bien fleuries. Jolie.


La place Baudin, l’un des endroits les plus sympas de Denain.


La petite cité sidérurgique Werth.

Mais voilà, le fan de rando nature qui sommeille en nous commence à trouver que tout cela manque un peu de verdure. Heureusement, en retrouvant la rue Arthur-Brunet, on emprunte une petite impasse sur la droite, avant le pont enjambant l’autoroute, qui débouche sur un petit sentier enherbé à travers champs. Comme l’impression d’être à la campagne, avant d’atteindre la caserne des pompiers et le terril Renard, espace naturel sensible. Le point d’orgue du parcours.


Eh oui, ici, c’est Denain... Non, il ne s’agit pas de la campagne avesnoise.



Entre les terrils Renard et Turenne, des aménagements ont été réalisés. Des faux airs de réserve naturelle, non ?


Le balisage est plutôt bon. En tout cas, on ne s’est pas perdu...

L’autre terril, Turenne, nous a moins plu : le sommet est jonché de détritus et si vous l’empruntez, sachez qu’il vous faudra rebrousser chemin ; l’escalier permettant de redescendre côté rue Mathilde est envahi par les ronces (on a tenté et… on a renoncé, aïe). Bref, on vous conseille de remonter directement la rue Mathilde pour passer devant la fosse éponyme elle aussi classée UNESCO (même si c’est difficile à imaginer au vu de son état).


La fosse Mathilde, classée pourtant UNESCO, affiche une triste mine.

L’itinéraire nous amène alors vers la gare avant de faire un crochet par la cité minière Chabaud-Latour, elle aussi UNESCO. En bref, une promenade sympa, mais à faire plutôt en compagnie d’un passionné d’histoire locale afin d’avoir les éléments d’explication sur le patrimoine. Là, ça manque un peu de panneaux explicatifs à notre goût…


La cité Chabaud-Latour, typique de l’architecture minière.

dimanche 14 août 2016

La gratuité des transports en commun progresse en France

Voici une nouvelle qui risque de ne pas faire plaisir aux opposants à la gratuité des transports en commun. L’agglomération de Niort (45 communes et plus de 100.000 habitants) vient d’annoncer que ses transports en commun deviendront gratuits à partir du 1er janvier 2017.

C’est donc une nouvelle collectivité qui passe à la gratuité des transports en commun, probablement la 30ème en France (Selon Wikipédia) et la plus importante en nombre d’habitants concernés, du moins avant le passage prévu à la gratuité de l’agglomération de Dunkerque en 2018.


On peut donc dire que la gratuité a le vent en poupe! En peu de temps, deux agglomérations importantes en France prévoient le passage à la gratuité des transports en commun. Est-ce un véritable tournant des transports publics ?

Pour ce qui concerne l’agglomération de Niort, il est prévu dans un premier temps une expérimentation durant une année, « le temps de la pédagogie » selon le président Jérôme Baloge. Mais dans l’esprit des élus majoritaires, la mesure est vouée à perdurer.

« C’est la possibilité du droit au transport pour tous, le libre accès au transport collectif plutôt qu’individuel« . Pour le président de l’agglomération, ce choix permettra « un gain de pouvoir d’achat pour tous avec des économies de carburant et de frais automobiles. Il favorisera également l’autonomie des jeunes« . Il s’agit aussi, évidemment, d’un enjeu environnemental: « On est à l’heure de la Cop 21. Dans toutes les grandes villes, dès qu’il y a un pic de pollution, les transports publics sont gratuits. La gratuité est une réponse claire aux problèmes environnementaux. »

Côté financement, il n’est pas prévu pour autant d’augmenter les impôts. Aujourd’hui, le budget annuel du réseau est d’environ 17 millions d’euros dont 1,5 seulement proviennent des recettes tarifaires. Il est donc couvert à hauteur de 90% par le versement transport, la taxe sur les salaires perçue sur les entreprises et les administrations du territoire de plus de 11 salariés.

La précédente majorité avait prévu d’augmenter le versement transport jusqu’au plafond maximum (1,8%) pour financer la construction d’une ligne de bus à haut niveau de service, un projet abandonné par la majorité actuelle. Par ailleurs, l’agglomération souhaite une remise à plat complète du schéma de transports.

samedi 13 août 2016

Enquête sur les algues vertes : aux sources d’un tabou breton ?

En Bretagne, certains préféreront évoquer les druides ou égrener des clichés folkloriques, plutôt que d’aborder le sujet sensible, voire tabou, des algues vertes — et leur danger mortel pour les promeneurs. C’est ce que constate Inès Léraud, installée depuis quelques mois dans un hameau en Centre-Bretagne. Malgré le décès brutal de plusieurs animaux et celui probablement lié de quatre hommes qui arpentaient les plages jonchées d’algues vertes, tout particulièrement la baie de Saint-Brieuc, la Lieue de Grève et dans le Fouesnant, de nombreux Bretons, se réfugient dans le déni. Pugnace et documentée, la productrice de France Culture livre une enquête haletante dans Les pieds sur terre. Elle interroge des témoins clés tout en reprenant point par point des faits accablants étouffés depuis des années, n’hésitant pas à souligner l’absence de moyens mis en place pour enrayer le phénomène, dû à la pollution aux nitrates et à l’azote provenant de l’élevage intensif pratiqué localement.


A écouter :

jeudi 4 août 2016

Produits phytosanitaires : la verte Villeneuve-d’Ascq n’en utilisera plus

La loi prévoit l’arrêt définitif de l’utilisation des produits phytosanitaires par les communes à compter du 1er janvier 2017. Villeneuve-d’Ascq, ville la plus verte de la région, gère déjà une bonne partie de ses espaces verts de façon naturelle et anticipe cet arrêt. La méthode de la gestion différenciée devrait être généralisée.


Les amoureux de grandes étendues vertes coupées à ras devront s’y faire : à Villeneuve-d’Ascq, les surfaces d’herbe ne devraient plus être systématiquement coupées à partir de 2017, et même avant. Le 1er janvier, les communes n’auront plus le droit de recourir aux produits phytosanitaires pour entretenir leurs espaces verts.

Dans une ville comme Villeneuve-d’Ascq, 64 000 habitants mais 6 hectares d’espaces verts pour 1 000 habitants, le ratio le plus élevé de toutes les grandes villes de la région (la deuxième est Arras avec 3 ha/1 000 habitants), l’obligation résonne comme un défi. Ne plus traiter relève en effet du casse-tête pour les collectivités qui souhaitent que rien ne dépasse, surtout pas la « mauvaise » herbe. Pour les autres, la solution la plus simple est de ne plus couper, en tous les cas pas tout. C’est ce que l’on appelle la gestion différenciée, un procédé pas inconnu du tout à Villeneuve-d’Ascq.

« Un plan de gestion différenciée a été élaboré entre 2002 et 2004 sous la mandature de Jean-Michel Stievenard. Il a été mis en application, puis son usage s’est délité. Des réservoirs de biodiversité, comme le Forum Vert, avaient été choisis comme sites d’expérimentation. Ils le sont restés avant que nous réactualisions ce plan et le remettions en application il y a deux ans. Depuis, huit quartiers de la ville sont entretenus sans produits phytosanitaires », affirme André Laurent, adjoint à l’environnement.

Villeneuve-d’Ascq n’aborde donc pas l’ultimatum du mois de janvier avec appréhension. Recueil, Haute Borne, Breucq, Sart-Babylone, Annappes, Poste, Résidence et Ascq ont déjà servi de terrain d’expérimentation aux 40 agents du service des espaces verts. « Il nous faut maintenant généraliser. On ne part pas de zéro, mais nous ne connaissons pas non plus d’exemple d’une ville de notre taille qui fait tout sans produit phytosanitaire », fait remarquer l’édile, qui ne partira pas dans l’aventure sans un vrai plan de bataille.

À la rentrée, la ville va commander une étude pour coucher sur le papier son plan de gestion différenciée à l’échelle de la ville. Subventionnée à hauteur de 30 % par la Région et l’Agence de l’Eau, elle définira les moyens à mettre en œuvre et établira quels outils utiliser pour communiquer à la population sur les nouvelles méthodes de gestion.

« Il n’est en effet jamais facile de faire accepter aux riverains que tel ou tel terrain ne sera plus tondu mais fauché deux fois par an pour laisser vivre faune et flore et permettre de faire des économies, financières et de CO2 », note André Laurent, pour qui les habitants devront être associés à ces efforts. « Il faudra notamment convaincre chacun d’entretenir son trottoir. » Bref, une révolution dans la méthode comme dans les mentalités.

Et s’il n’y avait plus uniquement du gazon sur les terrains de foot…
Avec les cimetières, les terrains de football figurent parmi les lieux où les services municipaux doivent régulièrement intervenir pour stopper la pousse de « mauvaises » herbes. Pour André Laurent, adjoint à l’environnement, il faudra s’y faire : ces prochains mois, l’abandon des produits phytosanitaires nécessitera une adaptation des habitudes des sportifs. Pour les quatre terrains d’honneur et six terrains d’entraînement que compte la ville, « les clubs devront revoir leurs exigences en termes de qualité de pelouse à la baisse », prévient l’édile. Non pas qu’il soit question de jouer sur un champ de patates à l’avenir. Mais les pissenlits, jusqu’ici bannis, pourraient faire leur apparition ici ou là. « Nous verrons déjà quelles mauvaises herbes poussent lorsque nous n’utilisons plus de produits. Quoi qu’il en soit, il sera difficile de traiter manuellement. »

Comment entretenir les cimetières ?
Le citoyen lambda n’y pense pas forcément lorsqu’il pénètre en ces lieux où, généralement, pas un brin d’herbe ne dépasse. Pourtant, entretenir un cimetière est un combat de tous les instants pour les communes. Personne ne leur pardonnerait en effet de ne pas prendre soin du lieu de repos de nos défunts. Mais désormais, la question se pose : pour préserver nos sols et nos nappes phréatiques, sommes-nous prêts à voir des allées de cimetière dans lesquels les mauvaises herbes folles s’épanouissent au gré des allées ?

« C’est l’un des plus gros problèmes qu’il nous faut résoudre dans le fait d’abandonner les produits phytosanitaires. Clairement, les gens ne supportent pas de voir des herbes folles dans les cimetières, qui restent les endroits les plus consommateurs de produits désherbants dans les communes. Or, jusqu’ici, nous n’avons pas, ou très peu de retours de communes qui fassent sans. Des expérimentations sont menées à Lille, où on tond dans les allées de certains cimetières. » À Villeneuve-d’Ascq, la façon dont seront entretenus les cimetières reste pour l’heure une question en suspens. S. H.